CINETUDES
Samedi 06 Septembre 2008
4:56
Nicholas RAY

Nicholas Ray (1911-1979)


Cette présentation du cinéaste Nicholas Ray ne se veut nullement exhaustive, préférant conter les grands thèmes "rayens" de sa vie en fournissant une filmographie détaillée et commentée à laquelle s'ajoutent, pour chaque film, une fiche technique, le synopsis ainsi que quelques considérations critiques.



Nicholas Ray (1911-1979)
Nicholas Ray , interviewé en 1957 par la revue Les Cahiers du Cinéma, se définissait de la manière suivante : " Je suis un étranger ici-bas. " et il ajoutait : " La quête d'une vie remplie est – paradoxalement - solitaire. Je crois que la solitude est très importante pour l'homme, aussi longtemps qu'elle ne lui nuit pas. " Le poète du désir profond est né à Galesville, Wisconsin, en 1911. Toute sa vie sera marquée par la souffrance, la blessure intime, la fêlure et le désir de s'exprimer dans l'urgence par crainte de ne pouvoir le dire. Nicholas Ray est la représentation la plus parfaite de l'artiste qui a besoin du chaos pour pouvoir créer. Chez lui, la normalité confine à l'inexistence alors que le désordre apporte la capacité nécessaire pour pouvoir transcender. Toute une vie à se battre, à combattre, à lutter contre lui-même. Cette violence introspective devient évidente quand au milieu de la normalité, le cinéaste filme le moment fragile, la pudeur dévoilée, la blessure apparente. Tous ses films souffrent et comportent des personnages en proie à la violence. Il y a dans cette œuvre le sens de l'urgence, les multiples formes de la violence physique, mentale et morale, une fragilité permanente qui confine au déséquilibre cinématographique. Le cinéaste fut le seul artiste à filmer avec autant de justesse et de compréhension l'univers difficile de l'adolescence et de la jeunesse, les cris de révolte des jeunes contre la société, une société trop contraignante qui ne leur permettait pas de s'épanouir. Il y a dans l'œuvre de Nicholas Ray une exigence permanente afin de comprendre le désarroi de la jeunesse. Le cinéaste défend les humiliés et tous ceux qui sont victimes du déchaînement de la violence. Le lynchage est au cœur de ses préoccupations. Ce lynchage se caractérise sous différentes formes. Il peut être collectif ou individuel, physique ou moral.

Cette très synthétique exposition de l'œuvre thématique du cinéaste se retrouve dans tous ses propos mais aussi – et surtout - dans l'intégralité de ses films, à des degrés qualitatifs divers. Car la beauté d'un film de Nicholas Ray se caractérise avant tout par sa fragilité, son aspect chaotique, sa démesure baroque qui rompt avec la classicisme hollywoodien. Un film de ce cinéaste est un manifeste, un plaidoyer, un pamphlet, une révolte, un cri de douleur, un instant de fulgurance, de tourmente, de violence. C'est une œuvre d'une troublante richesse et d'une fascinante beauté. C'est un cinéaste de la nuit, car Nicholas Ray est un poète maudit, un contemplatif du moment calme et un impulsif colérique, un homme qui vit chaque instant comme un moment de souffrance, d'emportement. Un poète de l'instinct, du tempérament compulsionnel, affecté, de l'émotion sur la raison, avant un retour à cette dite raison. Mais la raison chez ce cinéaste semble démontrer l'incapacité à vivre. La paix n'est possible qu'après le déchirement de toute une vie. Or, cette violence du soi se déroule au cours de la nuit, instant où toutes les lois, les règles, les obligations contraignantes de la société sont abolies par les hommes qui, libérés des contraintes dérivent, hantent, se rebellent, assument leur fardeau et se déchaînent, laissant éclater leurs tourments.

La beauté poétique et cruelle de la nuit ( Les Amants de la Nuit ), la beauté de la campagne américaine enneigée ( La Maison dans l'Ombre ) comme un apaisement à la violence de Robert Ryan qui s'exaltait dans le cauchemar nocturne urbain, la beauté de la fuite nébuleuse dans les montagnes de Sterling Hayden et Joan Crawford dans Johnny Guitar , la contemplation d'un rêve éveillé de James Dean et Nathalie Wood dans La Fureur de Vivre . Aussi, le crépuscule est plus significatif que l'aurore dans l'œuvre de Nicholas Ray . La tombée de la nuit et la fausse douceur rousseauiste permettent ces instants d'apaisement avant celui de l'introspection. La nuit favorise l'apaisement de la lutte, de la révolte dans de courtes périodes, alors que le jour est synonyme de violence lorsque le monde est éveillé. Il y a des rêves perdus, des aspirations en attente, des envies de liberté que la société ne promet plus. La nuit favorise ces quelques heures de sommeil, d'épanouissement avec soi-même ou l'autre. Puis, c'est le retour à la réalité entraînée par la noirceur du jour.

Aussi, toute l'œuvre de Nicholas Ray s'articule autour de cette alternance de moments entre la paix recherchée et l'exaltation de la colère, entre la nuit poétique et le jour réaliste. Ray est un poète de la fêlure, de la souffrance intime et tous ses films (sauf deux dont nous parlons ici-bas dans la filmographie) reflètent le parcours d'un homme engagé, en quête d'un apaisement, mais qui ne cessera tout au long de sa vie de lutter et d'exalter ses propres démons, ses peurs, ses aspirations au nom de la liberté d'être et de survivre, la fureur de vivre.



Filmographie commentée



Nicholas Ray (1911-1979)

  • Les Amants de la Nuit (They Live by Night, 1947)

Scénario de Charles Schnee, adapté par Nicholas Ray, d'après le roman Tous des voleurs d'Edward Anderson
Production : John Houseman (R.K.O Radio)
Etats-Unis - 92 min - Noir et Blanc – Film noir
Interprétation : Farley Granger (Arthur "Bowie" Bowers), Cathy O'Donnell (Catherine "Keechie" Mobley)

Injustement condamné, Bowie s'évade avec deux complices d'un pénitencier. Ils trouvent refuge chez le frère de l'un des fuyards. Bowie et Keechie, une jeune femme, tombent éperdument amoureux et parviennent à s'échapper de l'emprise des gangsters. Les deux amants se marient mais le passé les poursuit.

Nicholas Ray (1911-1979)
Le plus beau film de son auteur, et peut-être le plus beau film du monde, qui contient toute la poésie, toute la force, toute la douleur, toutes les souffrances, toute la fragilité du cinéma de Nicholas Ray . Plongés dans une nuit quasi-perpétuelle, les deux amants sont livrés à la violence du monde qui les entoure et les empêche de s'unir. Poursuivis par le passé, torturés par le destin, Bowie et Keechie s'aiment en se cachant, s'unissent contre les autres, se protègent contre la haine. Poème sur l'amour fou, conte cruel sur l'impossibilité pour la jeunesse d'assouvir ses désirs, film sur la fêlure intime, Les Amants de la Nuit demeure le testament crépusculaire de son auteur, le film au sein duquel un homme a livré tout son être, toute sa passion, toute son intime blessure. Ce film fut longtemps méconnu car considéré de série B, appartenant au genre "film noir". Pourtant, Nicholas Ray a su transcender le genre pour tendre vers l'universel.



Nicholas Ray (1911-1979)
  • A Woman's Secret (1948)

    Scénario de Herman J. Mankiewicz, d'après le roman Hypothèque sur la vie de Vicky Baum
    Production : Herman J. Mankiewicz (R.K.O.)
    Etats-Unis - 85 min - Noir et Blanc – Film noir
    Interprétation : Maureen O'Hara (Marion Washbourn), Gloria Grahame (Susan Caldwell), Melvyn Douglas (Luke Jordan)

    Après un récital de chant, la jeune chanteuse Susan Caldwell rente chez elle et se dispute avec son amie, Marion, lui annonçant qu'elle désire quitter le métier. Après une violente discussion, Susan monte dans sa chambre. On entend des coups de feu. Susan est découverte inanimée.

    Avant tout un film de commande pour Nicholas Ray, proposé par Dore Schary , que le cinéaste refusa une première fois. Puis il se laissa convaincre, mais on ne retrouve quasiment rien du cinéaste dans ce film noir qui a pour principal défaut un scénario totalement incohérent et incompréhensiblement complexe signé par le co-auteur de Citizen Kane , Herman J. Mankiewicz . Nicholas Ray n'a absolument rien à dire dans cette œuvre hybride dont il se désintéressa rapidement, et qui dans ses souvenirs évoque de grands moments de douleurs, notamment en raison du fait qu'il rencontra Gloria Grahame avec qui il devait rompre deux ans après. Le cinéaste détestait ce film. C'est un film très conformiste, davantage l'œuvre d'un scénariste que celle d'un cinéaste. On ne retrouve aucun des thèmes de Nicholas Ray hormis lors d'une scène et de deux plans : la scène de la dispute, au début entre Susan et Marion, au cours de laquelle en deux plans sur le regard, le cinéaste invoque toute sa personne pour faire naître la fragilité, la colère, l'excès des sentiments humains. Un moment de colère au milieu d'un ensemble d'une confondante platitude. C'est un film qui n'existe pas dans l'œuvre du cinéaste. Car il est désespérément normal.


Maureen O'Hara et Gloria Grahame
Maureen O'Hara et Gloria Grahame




Nicholas Ray (1911-1979)

  • Les Ruelles du Malheur (Knock on any Door, 1949)

Scénario de Daniel Taradash et John Monks Jr, d'après le roman homonyme de Willard Motley
Production : Robert Lord et Henry S. Kesler (Columbia)
Etats-Unis – 100 min – Noir et Blanc – Film dramatique
Interprétation : Humphrey Bogart (Andrew Morton), John Derek (Nick Romano)

Romano, un jeune délinquant, est accusé d'avoir tué un policier. Morton, avocat convaincu de son innocence, assure sa défense.

Nicholas Ray (1911-1979)
Un film magistral sur l'innocence pervertie par la société. Car c'est la société toute entière qui est responsable des fautes du jeune Romano nous dit Nicholas Ray, qui dresse un portrait émouvant de la jeunesse bafouée et détruite. Le plaidoyer de Humphrey Bogart va dans ce sens et demeure l'un des sommets de ce film dramatique, très ancré dans la réalité sociale. Le cinéaste poursuit sa quête sur la jeunesse perdue des Amants de la nuit en présentant un Romano qui rappelle Bowie, fragile, désespéré, maladroit, naïf. Le cinéaste a retrouvé toute la force émotionnelle de son premier film et nous propose un réquisitoire implacable contre cette société qu'il ne cesse de dénoncer film après film ainsi qu'un conte sur la déception, la fragilité, la foi perdue. Premier rôle au cinéma du jeune John Derek . Le film est construit sous forme de flash-backs (tout comme A Woman's Secret ) mais n'eut pas l'agrément de Nicholas Ray.



Nicholas Ray (1911-1979)

  • Born to be Bad (1950)

Scénario d'Edith Sommer, d'après le roman All Kneeling de Ann Parrish
Production : Robert Sparks ( R.K.O.)
Etats-Unis – 94 min – Noir et Blanc – Film dramatique
Interprétation : Joan Fontaine (Christabel Caine), Robert Ryan (Nick Bradley), Zachary Scott (Curtis Carey)

Christabel se rend à San Francisco où elle est courtisée par plusieurs hommes : un homme riche et un romancier. Mais elle délaisse celui qu'elle aime, pour épouser par ambition l'homme fortuné.

Nicholas Ray (1911-1979)
Film de commande pour le cinéaste, qu'il n'appréciait pas, sans que nous en connaissions les raisons. Nicholas Ray n'eut pas le "final cut" sur ce mélodrame qui peint le portrait d'un personnage négatif, une femme arborant un visage d'ange à la première séquence puis se laisse corrompre par son avidité. La charge contre la société est présente, sans nuance, mais bien définie. Le cinéaste dessine également les deux portraits d'homme, dont celui qui est riche, présenté comme un oisif obsédé par sa propre richesse, refusant tout sentiment, puis le romancier, sorte de double du cinéaste, homme tourmenté et violent anticipant sur le personnage d'Humphrey Bogart dans Le Violent ou que Robert Ryan interpréta dans La Maison dans l'Ombre . Ce film est également une réflexion sur la création et la difficulté de créer, se rapprochant ainsi encore du film Le Violent . C'est un film fébrile, tourné dans l'urgence, pas totalement équilibré, mais comme nous le citions dans notre texte précédent, le cinéma de Nicholas Ray est réussi justement parce qu'il est déséquilibré et fragile.



Nicholas Ray (1911-1979)

  • Le Violent (In A Lonely Place, 1950)

Scénario d'Andrew Solt, d'après le roman de Dorothy B. Hughes
Production : Columbia
Etats-Unis – 91 min – Noir et Blanc – Film dramatique
Interprétation : Humphrey Bogart (Dixon Steele), Gloria Grahame (Laurel Gray)

Dixon Steele est un scénariste sujet à la violence. Il écrit un scénario, dont le sujet est une jeune fille qu'il a ramenée un soir chez elle. Mais la jeune fille est retrouvée morte. Par amour pour lui, Laurel, sa voisine, le disculpe tandis que la police le croyait coupable.

Nicholas Ray (1911-1979)
Un témoignage sur la violence d'une grande force, dont Dixon Steele est la victime, soumis à sa propre nature. Le danger pour Dixon vient non plus de la société, mais de lui-même et d'Hollywood. Cet homme cherche à se libérer de ses pulsions, il est en quête d'une libération que seule une femme aurait pu lui offrir. Mais, profondément blessé, il refuse cet amour improbable et préfère partir seul, dans la nuit, détruit. Humphrey Bogart compose magistralement son personnage. Le film le plus représentatif, avec son premier opus, de la souffrance chez Nicholas Ray, dans la mesure où le personnage principal peut être vu comme étant le cinéaste, poète et créateur maudit et déçu.



Nicholas Ray (1911-1979)
  • Les Diables de Guadalcanal (Flying Leathernecks, 1951)

Scénario de James Edward Grant, d'après une histoire originale de Kenneth Gamet
Production : Edmund Grainger (Howard Hughes – R.K.O. Radio)
Etats-Unis – 100 min – Noir et Blanc – Film de guerre
Interprétation : John Wayne (Major Dan Kirby), Robert Ryan (Capitaine Griffin)

Pendant les combats à Guadalcanal s'affrontent un major violent et très dur et un jeune capitaine beaucoup plus souple.

Nicholas Ray retrouve Robert Ryan pour ce film de commande convenu et partiellement raté, jamais intéressant en dépit d'une bonne composition des acteurs. Mais John Wayne ne convient pas au cinéma de Nicholas Ray. L'acteur manque de fragilité et de violence. Le cinéaste aurait pu s'intéresser au portrait de cet homme tourmenté, mais il préfère laisser le film se faire sans lui, les problèmes techniques de la guerre ne suscitant aucun intérêt chez lui. C'est un film de série.



Nicholas Ray (1911-1979)
  • La Maison dans l'Ombre (On Dangerous Ground, 1951)

Scénario de A.I. Bezzerides, d'après le roman "Mad With Much" de Gerald Butler
Production : John Houseman (R.K.O. Radio)
Etats-Unis – 82 min – Noir et Blanc – Film noir
Interprétation : Robert Ryan (Jim Wilson), Ida Lupino (Mary Malden)

Un flic aux méthodes violentes est, après de multiples bavures, envoyé loin de la ville afin d'enquêter sur un jeune homme qui aurait frappé une jeune fille et dont les habitants de la petite ville, formés en milice, cherchent à rattraper et à tuer. Le flic rencontre la sœur aveugle du fuyard, qui lui montre la vie différemment, sans violence. Il tombe amoureux de la jeune femme.

Deux films au sein d'un même film, le parcours vers la rédemption, de la violence vers la paix. Jim Wilson, flic violent, obsessionnel de la nuit urbaine, cherche la paix intérieure, à guérir cette blessure qui le hante, le fait souffrir et le détruit lentement. Auprès de cette jeune femme infirme, il découvre ce qu'il recherchait. La force de l'apaisement, la beauté de l'aurore. Nicholas Ray développe toutes ses obsessions : la fêlure, la violence, la jeunesse et dénonce le lynchage. Transcendé par la bouleversante partition de Bernard Herrmann , ce film en deux parties distinctes mais qui est un fidèle prolongement de la mise en place du sujet, est le plus insolite de son auteur. De la nuit urbaine, cauchemardesque, labyrinthique, castratrice, violente et destructrice, Jim Wilson part dans les montagnes enneigées à la découverte de son propre soi et découvre l'amour auprès d'une femme qui ressent et se refuse de voir pour mieux comprendre, saisir, vivre, vibrer. Un film magnifique, d'une richesse culturelle et cinématographique inouïe. Robert Ryan est extraordinaire, blessé, souffrant, exaltant, émouvant.

Ida Lupino et Robert Ryan
Ida Lupino et Robert Ryan



Nicholas Ray (1911-1979)
  • Les Indomptables (The Lusty Men, 1952)

Scénario de Horace McCoy et Davod Dortort, d'après une histoire de Claude Stanush
Production : Jerry Wald et Norman Krasna ( R.K.O. Radio)
Etats-Unis – 102 min – Noir et Blanc – Film dramatique
Interprétation : Robert Mitchum (Jeff McCloud), Susan Hayward (Louise Merritt), Arthur Kennedy (Wes Merritt)

Jeff est victime d'un accident et doit renoncer aux rodéos au sein desquels il excellait. Il rencontre un couple qui rêve d'acheter un ranch. Wes, le mari, pour gagner l'argent, se lance dans les rodéos. Le couple est en péril. Jeff, après s'être battu avec Wes, trouve la mort.

Nicholas Ray (1911-1979)
Un film désespéré, crépusculaire, au sein duquel l'espoir a disparu. Il y a un étrange mélange de douceur et de colère dans ce film, un peu comme dans La Maison dans l'Ombre , mais de manière moins distincte. C'est un grand film contemplatif sur un couple qui se déchire, qui désire sans pour autant assouvir. C'est un instant qui montre la décadence d'un homme en même temps que l'autre prend conscience de sa condition. C'est un film sur un homme seul, tout comme Robert Ryan dans La Maison dans l'Ombre . Il est en quête d'illusions mais ne trouvera que l'échec, la perte et la mort. La sagesse qu'il recherche n'est jamais atteinte, bercée de désillusions et d'amertumes sur le temps qui passe, la grandeur passée. Histoire d'amour autant que constat sur l'échec, c'est un film douloureux sur la douleur et la brûlure de la vie et de la mort.



Nicholas Ray (1911-1979)
  • Johnny Guitar (1954)

Scénario de Philip Yordan, d'après le roman de Roy Chanslor
Production : Herbert J. Yates / Republic
Etats-Unis – 110 min – Couleurs - Western
Interprétation : Joan Crawford (Vienna), Sterling Hayden (Johnny Guitar), Mercedes McCambridge (Emma Small)

Au cours d'une violente tempête, Johnny Guitar arrive dans un saloon désertique et retrouve son ancienne maîtresse, Vienna, qui dirige ce lieu et attend la venue prochaine du chemin de fer qui doit lui apporter des clients. Mais une milice accuse Vienna d'abriter et de protéger un homme qui a attaqué une diligence, dont Johnny Guitar fut le témoin, et d'avoir assassiné le frère d'Emma Small. La milice, dirigée par Emma, a décidé de poursuivre jusqu'au lynchage Vienna et Johnny Guitar.

Nicholas Ray (1911-1979)
Henri Agel parlait au sujet de ce film d'opéra tragique. Nous sommes très proches de Verdi et de Shakespeare . Ce western, qui ne conserve d'un vulgaire roman de gare que son idée de départ, est une profonde contemplation et méditation sur l'amour et la haine, sur l'évolution industrielle de l'Ouest américain, sur le lynchage, la justice et la confrontation de l'homme face à une perversion de la société, sur la notion de propriété, sur la mythologie westernienne. Car il y a de multiples possibilités de lectures en visionnant Johnny Guitar . Tourné en pleine période MacCarthyste, ce film offre une parabole sur les évènements politiques contemporains et dénonce le lynchage par la foule. Cependant, cette lecture semble aujourd'hui passablement faussée dans la mesure où les films qui proposaient ce type de scénario sont fort nombreux, et ce depuis les années 10 ou 20. En 1936, Fritz Lang dénonçait le lynchage et la bêtise dans Fury . La lecture anti-MacCarthyste du film vient du fait que Nicholas Ray entretient l'ambiguïté en offrant à l'acteur Ward Bond , connu pour ses positions extrémistes, un rôle significatif dans la milice. Au-delà de la lecture politique, ce qui a intéressé le cinéaste, c'est la possibilité de poursuivre sa réflexion autour de la notion même de lynchage, en écartant toute dimension politique. La coïncidence avec l'actualité de l'époque a faussé l'un des véritables sujets du film qui s'entretient avec l'une des obsessions de Nicholas Ray. Le cinéaste avait déjà évoqué le lynchage dans La Maison dans l'Ombre . Ce film est une méditation sur l'amour et la haine dans la mesure où Vienna et Johnny Guitar ne pourront s'aimer que lorsque la société aura cessé de les traquer.


Nicholas Ray (1911-1979)
Ce thème nourrit toute l'œuvre du cinéaste : l'impossibilité de s'aimer au sein de la société ; l'amour ne s'épanouit chez Nicholas Ray que dans la marge, l'exclusion du groupe, dans la souffrance, dans l'intimité faussement préservée de la nuit. Chez le cinéaste, il faut se cacher pour pouvoir s'aimer. La fuite de Vienna et de Johnny Guitar passe par de multiples caches : le souterrain sous le saloon, la cascade d'eau qui abrite une grotte menant au repaire de la bande qui a attaqué la diligence. Le danger, omniprésent et destructeur, vient du monde extérieur, de la société. Le cinéaste ne met pas en accusation toute la société, il présente un groupe qui s'est lui-même exclu de celle-ci en raison de sa propre perversité et propose une réflexion sur la justice, la justice expéditive, les armes et l'obstination. William A. Wellman avait déjà évoqué le lynchage dans le cadre du western à travers l'admirable Etrange Incident (1943) où des innocents, devant le refus d'écouter, de comprendre, d'apprécier, étaient injustement lynchés. Ce que dénonce Nicholas Ray autour de ce fait, c'est l'incommunicabilité des individus entre eux au sein d'une même société. Ce qui renvoie à la jeunesse insoumise, en révolte contre les adultes et le monde qui les entoure, qui traverse tous les films du cinéaste. L'obstination, l'étroitesse de la pensée confortée par des opinions fondées sur la non-volonté de comprendre et de juger caractérisent la pensée de Emma et de la milice qu'elle mène. La raison est dominée par la haine. La révolte, chère au cœur du cinéaste, est dans ce cas présent, pervertie par l'insatisfaction, la haine, dominée par la bêtise. Car la révolte chez Nicholas Ray est parcourue par le sentiment d'injustice, de cri pour la liberté, pour la reconnaissance, pour le droit de vivre différemment et en aucune manière, il n'y a de haine. Il y a de la colère, de la souffrance, mais il y a surtout une envie, un désir. Cette colère vient du cœur de la jeunesse. Dans le cas de Emma, cette haine vient de la raison, du calcul, de l'obstination dûment réfléchie et pensée. C'est ceci que dénonce le cinéaste.

Nicholas Ray (1911-1979)
La mythologie westernienne, ses codes narratifs et ses icônes sont dans le cas de Johnny Guitar poussés jusqu'à leur plus extrême signification et symbolisme. Du héros surgi de nulle part, ici, affaibli, détourné (sa passion pour sa guitare), au saloon désertique, à l'exacerbation des sentiments, ce film condense tout le western et le transgresse. Ecrire de Johnny Guitar qu'il est un "sur-western" serait une erreur, dans la mesure où il n'y a aucune volonté de la part de l'auteur de tendre vers la fable psychanalytique ou la sur-dimension psychologisante ou analysante. Johnny Guitar est un western de série B au départ, tourné avec des toiles peintes en guise de décor, à la narration erratique, à la progression banale, à la mise en scène déséquilibrée. L'outrance du personnage de Vienna, qui soumet le personnage de Johnny Guitar en quête de paix, le bariolage des décors du saloon, transforme cette recherche de la satisfaction émotionnelle et de l'apaisement de la déraison des sentiments, en expression de la manière voire du grotesque en s'inscrivant dans la dénature des formes et des couleurs de la Renaissance italienne. L'action est inexistante dans ce film, seuls comptent la contemplation des chromes, la démesure des personnages (deux personnages de femmes fortes, un personnage d'homme affaibli). Par son caractère chaotique, Johnny Guitar est un chef d'œuvre du non-sens, de la déraison et de la démesure, mais aussi et surtout une histoire d'amour, prolongeant celle des Amants de la Nuit .



Nicholas Ray (1911-1979)
  • A l'Ombre des Potences (Run for Cover, 1955)

Scénario de Winston Miller, d'après une histoire de Harriet Frank Jr et Irving Ravetch
Production : William H. Pine et William C. Thomas / Paramount
Etats-Unis – 93 min – Noir et Blanc - Western
Interprétation : James Cagney (Matt Dow), John Derek (Davey Bishop)

Un cavalier et un adolescent se rencontrent et décident de voyager ensemble.

Nicholas Ray (1911-1979)
Un western sous forme de chronique initiatique sensiblement différent dans le ton que Johnny Guitar . Autant le précédent western de son auteur était un opéra tragique baroque, autant celui-ci est dépouillé, à la limite de l'austérité. Une œuvre abstraite sur l'adolescence et son rapport aux adultes, assez éloigné de la démonstration des Ruelles du Malheur . Nicholas Ray fait de cet adolescent un être qui refuse d'être un nomade mais accepte de quitter ses racines. Toute l'ambiguïté et la complexité du personnage réside dans cette approche de la notion de la terre. Il y a une révolte assoupie et très peu bouillonnante chez cet adolescent, bien loin de celle de La Fureur de Vivre . En revanche, le cinéaste propose à nouveau une réflexion sur la place de l'homme dans la société. C'est un film désincarné, qui manque de chaleur et de vie, mais dont l'austère désir de paraître nous conduit sur le chemin de la déraison non-sublimée.



Nicholas Ray (1911-1979)
  • La Fureur de Vivre (Rebel Without a Cause, 1955)

Scénario de Stewart Stern, d'après le livre Rebel without a cause : the story of a criminal psychopath du Dr Robert Linder
Production : David Weisbart / Warner Bros.
Etats-Unis – 105 min – Couleurs – Film dramatique
Interprétation : James Dean (Jim Stark), Nathalie Wood (Judy), Sal Mineo (Plato)

Des adolescents se révoltent contre leurs parents et la société. Ils cherchent leur place au sein d'un monde qu'ils ont du mal à cerner et à appréhender.

Le film le plus célèbre et sans doute le plus représentatif de son auteur, même si pas le meilleur. Tous les thèmes "rayens" sont condensés, réfléchis, évoqués dans cette œuvre qui fit de James Dean un mythe hollywoodien. Le cinéaste aborde avec modernité la détresse, la souffrance et la colère de la jeunesse américaine et articule tout son récit autour de plusieurs archétypes (le bourgeois, la classe moyenne, le pauvre) et propose une vision cohérente et universelle des aspirations de ces adolescents. La fureur de vivre, c'est celle de pouvoir s'exprimer, de s'émanciper d'un noyau familial et du milieu parental jugé trop conservateur. Le cinéaste appelle ces jeunes à vivre par eux-mêmes et pour eux-mêmes et à se forger leur place, à être reconnus au sein de cette société pas assez permissive. L'étouffement par le milieu parental, par le système éducatif, par les contraintes des lois, des obligations et de la morale semblent trop étriqués pour ces jeunes qui aspirent à la vitesse, à la brûlure des sentiments et à la concrétisation des rêves (la scène dans le planétarium renvoie à la nuit des Amants de la Nuit et demeure la représentation imagée la plus exacte de la pensée "rayenne"). Un film admirable, le plus gros succès commercial de son auteur.

Nicholas Ray (1911-1979)



Nicholas Ray (1911-1979)
  • Ardente Gitane (Hot Blood, 1956)

Scénario de Jesse Lasky Jr d'après une histoire de Jean Evans
Production : Howard Welsh et Harry Tatelman / Columbia
Etats-Unis – 95 min – Couleurs - Comédie
Interprétation : Jane Russell (Annie Caldash), Cornel Wilde (Stephano Torino)

L'action se déroule au sein d'une tribu gitane. Marco est le chef des Torino, dont Stephano, le frère, cherche à s'intégrer à la société américaine en étant un élève danseur.

Un film à part dans la carrière de Nicholas Ray. Si certains y voient un chef d'œuvre, d'autres crient au massacre. C'est une comédie colorée, pleine de vie et de rythme. Le cinéaste filme les corps en mouvement, la mouvance des êtres, et notamment Jane Russell , mais semble ne pas y croire. Le film hésite entre plusieurs pistes (comédie, musical, drame), entre une multitude de tons et ne se trouve jamais. Il apparaît comme un véhicule pour la beauté et la sexualité de Jane Russell , comme le fut le très médiocre Vénus des mers chaudes (1957) de John Sturges . Le cinéaste exploite ses décors mais semble renoncer à mettre en scène un thème "rayen" (l'accession des jeunes dans la société) en raison du fait qu'il ne croit à aucun moment à toute cette histoire légère et fondamentalement dépassée. C'est un film qui à aucun moment ne souffre. Nous le savons, le cinéma de Nicholas Ray a besoin de souffrir pour exister. Au même titre que A Woman's Secret , c'est un film qui n'existe pas, même si meilleur que ce dernier.



Nicholas Ray (1911-1979)
  • Derrière le Miroir (Bigger Than Life, 1956)

Scénario de Cyril Hume et Richard Maibaum d'après l'article de Berton Roueche paru dans le New Yorker du 19 septembre 1955.
Production : James Mason / Fox
Etats-Unis – 95 min – Couleurs – Film dramatique
Interprétation : James Mason (Ed Avery), Barbara Rush (Lou Avery)

Un instituteur qui fait des heures supplémentaires dans une compagnie de taxi, après une attaque cardiaque, devient dépendant des doses de cortisone. Mais derrière cette façade se cache le désespoir d'un homme qui ne parvient plus à unir sa famille.

Un film très ambitieux de Nicholas Ray. Le cinéaste ne filme plus un groupe de personnes, mais filme un homme qui est le citoyen américain. Il appartient à la classe moyenne, dans une petite ville de province, organise des soirées ennuyeuses qui ne viennent pas étayer un quotidien médiocre. La destruction de cet homme par la cortisone est un déclic qui va lui permettre de se remettre en question, de repenser sa vie, de recréer ce qui lui a toujours échappé : une vie qui n'est plus celle des anonymes. A sa manière, Ed va devenir un héros, selon la définition de Nicholas Ray, celui qui va faire de sa vie un modèle de raison, de paix et de satisfaction. Cette réussite doit passer par la souffrance, la colère, l'autodestruction qui aboutira à une paix, certes fragile, mais qui aura le mérite de faire de cet homme celui qui a vaincu ses propres démons. C'est un film sur la folie, la raison et la paix, une quête où l'on sent toute la sensibilité de son auteur. Probablement son film le plus difficile, mais aussi son plus réussi sur le strict point de la dramaturgie.

James Mason dans l'enfer de la dépendance et de la folie.
James Mason dans l'enfer de la dépendance et de la folie.



Nicholas Ray (1911-1979)
  • Le Brigand bien-aimé (The True Story of Jesse James, 1957)

Scénario de Walter Newman d'après le scénario de Nunnally Johnson pour le film Jesse James (1939) de Henry King
Production : Herbert B. Swope Jr.
Etats-Unis – 91 min – Couleurs - Western
Interprétation : Robert Wagner (Jesse James), Jeffrey Hunter (Frank James)

Après qu'une banque ait été attaquée, le shérif estime qu'il s'agit de l'œuvre de Jesse James.

Nicholas Ray (1911-1979)
Remake du film de Henry King (1939), la version de Nicholas Ray s'éloigne ostensiblement de l'original, porté sur la "vérité historique" (même si aujourd'hui le film du vétéran hollywoodien est plutôt considéré comme une approche mythologique de la célèbre folk song) pour tendre vers une poésie de l'Ouest, mystificatrice. L'atmosphère sur le plateau fut d'une violence inouïe : le cinéaste fut en perpétuel désaccord avec ses producteurs qui voulaient faire un film de recherches historiques. Selon Jean Wagner , le cinéaste ne participa pas au montage du film. Ce western est pourtant un beau film, très personnel pour son auteur dans la mesure où il met en scène un homme qui dans son adolescence fut blessé et meurtri. La fêlure est présente chez ce personnage tourmenté qui doit s'affirmer en tant que Jesse James. L'émotion est très présente dans ce déchaînement des éléments de la nature (le feu, l'eau, les vents), omniprésente dans l'œuvre du cinéaste.



Nicholas Ray (1911-1979)

  • Amère Victoire (Bitter Victory, 1958)

Scénario de René Hardy, Nicholas Ray et Gavin Lambert d'après le roman de René Hardy
Production : Paul Graetz / Columbia
Etats-Unis – 113 min – Noir et Blanc – Drame de guerre
Interprétation : Richard Burton (Capitaine Leith), Curd Jürgens (Major Brand), Ruth Roman (Jane Brand)

Un commando mené par le major Brand doit s'emparer de documents allemands pendant la Deuxième Guerre Mondiale.

Nicholas Ray (1911-1979)
Nicholas Ray n'a pas eu les pleins pouvoirs et la liberté totale, pourtant promis par le producteur, pour tourner ce film. Ce film retrouve le ton très austère du western A l'Ombre des Potences , et demeure également un film sur la méditation (la méditation sur le temps, l'homme et son rapport à la nature seront omniprésents dans le cinéma rayen à partir de ce film). Le cinéaste filme la confrontation entre deux hommes, le capitaine Leith et le major Brand, placés tous deux dans des situations extrêmes. Si le major est un lâche, un incapable, amoureux de son paraître, le capitaine est un homme fragile.

En filmant ces deux hommes qui se haïssent parce qu'ils ont deux conceptions différentes du monde, Nicholas Ray pose ses réflexions sur un thème obsessionnel chez lui, la violence. La violence, c'est la guerre mais aussi les hommes qui se confrontent entre eux mais surtout avec eux-mêmes. Des hommes blessés, à la fêlure douloureuse dans un drame de guerre qui tend à l'universel, desservi par l'interprétation caricaturale de Curd Jürgens , mais qui reste un objet précieux, sur l'Histoire, le temps.



Nicholas Ray (1911-1979)
  • La Forêt Interdite (Wind across the Everglades, 1958)

Scénario de Budd Schulberg
Production : Stuart Schulberg / Warner Bros.
Etats-Unis – 93 min – Couleurs – Film dramatique
Interprétation : Burl Ives (Cottonmouth), Christopher Plummer (Walt Murdoch)

Au début du XXe siècle, en Floride, un naturaliste entre en lutte contre un contrebandier qui a massacré des oiseaux.

Nicholas Ray (1911-1979)
Le film fut tourné dans des conditions très difficiles, entre les conflits avec son producteur et les lieux de tournage dans les marais des Everglades en Floride. La Forêt Interdite est une fable sur la violence dans un lieu qui évoque le Paradis perdu selon la définition de John Milton , espace où se confrontent tous les excès, toutes les haines, toutes les violences des hommes. Cette nature cruelle entoure des hommes hostiles à leur propre nature. Comme dans tous les films de son auteur, le naturaliste a besoin de la violence pour être lucide sur l'état du monde. Un film outré, dense, confus, mais fascinant.



Nicholas Ray (1911-1979)
  • Traquenard (Party Girl, 1958)

Scénario de George Wells, d'après une histoire de Leo Katcher
Production : Joe Pasternak / MGM
Etats-Unis – 99 min – Couleurs – Film policier
Interprétation : Robert Taylor (Tommy Farrell), Cyd Charisse (Vicky Gaye), Lee J. Cobb (Rico Angelo)

Dans les années 30 à Chicago, Farrell est passé de délinquant à avocat de la pègre. Un soir il rencontre Vicky, danseuse de cabaret, qui cherche à fuir un certain Louis Canetto. Farrell et Vicky tombent amoureux.

Le cinéaste retrouve le ton baroque de Johnny Guitar, sa démesure, sa folie, ses couleurs obsédantes. C'est un grand film, sensible, en souffrance : la mise en scène magistrale du cinéaste puise dans toute la poésie propre à Nicholas Ray : une poésie crépusculaire, tragique, romantique.




Nicholas Ray (1911-1979)
  • Les Dents du Diable (The Savage Innocents, 1961)

Scénario de Nicholas Ray, d'après le roman Top of the World de Hans Reusch
Production : Maleno Malenotti et Joseph Jami / Paramount
Etats-Unis – 110 min – Couleurs – Film d'aventures
Interprétation : Anthony Quinn (Inuk), Yoko Tani (Assiak), Peter O'Toole (un policier)

Inuk l'Esquimau échange ses peaux de bêtes contre un fusil. Un missionnaire vient lui rendre visite. Inuk lui propose sa femme. Le missionnaire refuse, Inuk le tue.

Nicholas Ray montre la propagation de la violence du monde civilisé au sein de la nature préservée des assauts du temps moderne. Un film rayen, déséquilibré car le cinéaste ne supervisa pas le montage, plusieurs séquences (dont la chasse à l'ours) furent perdues dans un accident d'avion. C'est un film brouillon, avec certaines beautés, mais qui souffre de sa distribution.



Nicholas Ray (1911-1979)
  • Le Roi des Rois (King of Kings, 1961)

Scénario de Philip Yordan
Production : Samuel Bronston
Etats-Unis – 168 min – Couleurs – Film historique
Interprétation : Jeffrey Hunter, Siobhan McKenna, Rita Gam

Synopsis : La vie du Christ

Le cinéaste est totalement absorbé et soumis aux principes de la superproduction et délivre un film impersonnel, mal joué, mal réalisé, très loin des splendeurs de la version (1927) de Cecil B. DeMille.



Nicholas Ray (1911-1979)
  • Les 55 Jours de Pékin (55 Days at Peking, 1963)

Scénario de Philip Yordan et Bernard Gordon
Production : Samuel Bronston
Etats-Unis – 154 min – Couleurs – Film historique
Interprétation : Charlton Heston (Major Matt Lewis), Ava Gardner (Nathalie Ivanov), David Niven (Sir Arthur Robertson)

En 1900, le soulèvement des Boxers en Chine. Le Major Lewis organise la résistance alors que les étrangers sont bloqués.

Un film médiocre que ne termina pas son auteur en raison d'une crise cardiaque. Andrew Marton, notamment, tourna quelques scènes d'intimité. Le cinéaste semble avoir abdiqué toutes prétentions, toute force dans cette superproduction qui souffre de son origine. Il manque un grain de folie, de la démesure. Dans les années 60, il y avait déjà les prémices d'un cinéma plus libre, plus en retrait par rapport aux conventions. Le cinéma de Nicholas Ray, pour exister, avait besoin des codes hollywoodiens, pour mieux les contourner, mieux les absoudre, mieux les détruire. Dans le cas présent, le cinéaste avait sans doute compris qu'il ne pourrait plus faire de cinéma, qu'il avait déjà tout et trop donné. Demeure ce drame historique extérieur aux obsessions du cinéaste.






Nicholas Ray tourna le sketch n°12 d'un film pornographique en Hollande intitulé : Rêves Humides : The Janitor (1974). Puis le cinéaste ne put achever le film We Can't Go Home Again, exercice tourné avec des étudiants, tourné en 35 mm, 16 mm, 8 mm, super 8 et vidéo. Wim Wenders filma le cinéaste à l'agonie dans un document testamentaire, Nick's Movie.

Je préfère ne pas conclure par mes propres mots et laisser la parole à Nicholas Ray qui déclara cette phrase, résumant toute sa vie, toute son œuvre, toute sa pensée, toute sa personne, et que j'ai déjà citée au début de mon étude.

"Je suis un étranger ici-bas."



  • Bibliographie :

Jean WAGNER, Nicholas Ray, Rivages Cinéma, Paris, 1987

Se reporter également aux différents numéros des Cahiers du Cinéma afin de pouvoir lire plusieurs études, dans les années 50, des œuvres de Nicholas Ray.

  • Venez discuter du cinéaste et de sa filmographie sur le FORUM!







Dimanche 23 Avril 2006
Hughes


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